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Programme de recherche interdisciplinaire
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Monologuer

Coordinatrice: Stéphanie SMADJA

Depuis octobre 2010, Monologuer est le premier programme de recherche largement interdisciplinaire, consacré à la parole intérieure et aux pratiques monologales. Notre objectif est de comparer différents corpus artistiques et des corpus de vie réelle, pour étudier cet objet inaccessible sans médiation, la parole intérieure. Notre discipline socle est la linguistique, mais sont également mobilisées par exemple les neurosciences et la médecine, la philosophie ou la musicologie. Monologuer implique actuellement plus d’une quarantaine de chercheurs, à Paris, en Île de France, à Poitiers, à Grenoble, Orléans, Strasbourg, Lyon, Aix Marseille, mais aussi à Rome ou à Taipei. 

1. Etat de l'art

La parole intérieure constitue un champ de recherche encore largement méconnu. Le phénomène est pourtant essentiel. Jusqu’à Victor Egger qui y consacre une thèse de philosophie — à une époque où la psychologie est encore une branche de celle-ci — en 1881, la parole intérieure a été assez peu étudiée en France. Pour Victor Egger, elle accompagne en continu notre vie consciente, pour Vygotski elle aide à structurer la pensée, à résoudre des problèmes et à passer à l’action. La psychanalyse au début du xxe siècle a joué un rôle éclairant dans l’appréhension de la vie intérieure, tout comme la médecine, de la neurologie et la psychologie à la fin du xixe siècle. Sauf quelques exceptions sporadiques (Stricker, Ballet, Georges Saint-Paul, Jakobson, Vygotski, Sokolov, entre autres), son étude est peu reconnue jusqu’au retour du sujet et de la subjectivité dans les sciences humaines après le structuralisme. Ce n’est pas un hasard si la stylistique et la notion de style sont remises à l’honneur exactement à la même période, dans les années 1990. Relancée en philosophie au début des années 1990 notamment par Daniel Dennett et John Searle, la conscience et l’intériorité suscitent l’intérêt des neurosciences comme en attestent notamment les œuvres d’Antonio Damasio. Dès lors, la notion réapparaît sous diverses formes et des ouvrages entiers lui sont consacrés. En 2001, le linguiste Gabriel Bergounioux dirige un numéro de revue sur la parole intérieure. En 2004, il y consacre un essai, Le Moyen de parler. En 2009, paraît un ouvrage collectif mêlant psychologie, philosophie et linguistique : Private Speech, Executive Functioning, and the Development of Verbal Self-regulation. En 2011, Charles Fernyhough publie un ouvrage remarqué sur la mémoire. La même année, en psychologie et au croisement des neurosciences, nous pouvons citer notamment les travaux de Russell Hurlburt. Enfin, en 2016, paraissent successivement The Voices within : The History and Science of how we talk to Ourselves de Charles Fernyhough et Inner Speech and the Dialogical Self du sociologue et sémioticien Norbert Wiley.

En résumé, depuis une quarantaine d’années, ce sont surtout les neurosciences et les sciences cognitives qui se sont emparées de la question. Pour autant, le champ est encore vaste, comme l’indique Norbert Wiley dans son dernier ouvrage, paru le 17 juin 2016. De plus, encore faut-il souligner d’emblée une différence majeure entre les domaines anglosaxon et français : si l’Inner Speech fait l’objet d’une curiosité de plus en plus forte outre-Manche et outre-Atlantique, la parole intérieure, le discours intérieur, le langage intérieur ou encore l’endophasie n’ont guère été abordés en France ou dans les pays de langue française, avec quelques exceptions. Le linguiste Gabriel Bergounioux mais aussi la neurolinguiste Hélène Lœvenbruck et ses collègues de Grenoble se démarquent de ce point de vue. 

2. Historique

Monologuer était à l’origine un séminaire du CERILAC et l’un des deux projets pilotes de l’Institut des Humanités de Paris (ensuite Institut Humanités et Sciences de Paris). Monologuer a été sélectionné lors du premier appel à projet de l’Institut des Humanités de Paris en 2012, puis lors du premier appel Idex en 2013 (projet établi en collaboration avec Paris 3, 2013-2016). 21 séances de séminaire ont été organisées entre 2010 et 2015 (littératures francophones, anglaises et comparée, stylistique, linguistique, théâtre, cinéma, musicologie, histoire de l’art, psychologie cognitive, psychanalyse, neurosciences et médecine, didactique). Deux colloques (2012 et 2016), ont été complétés par trois journées d’études (dont une en partenariat avec Paris 3 et Duke). L’objectif était principalement de définir et de cerner les contours du monologue et de sa pratique dans chaque discipline et aux frontières de chacune d’entre elles.

Cette première étape de cinq années a permis de consolider l’assise scientifique du programme, de tester plusieurs idées d’application et de valorisation avant de sélectionner les axes prioritaires et d’organiser l’entrée dans la deuxième étape.

Depuis 2016, une équipe partiellement renouvelée et élargie envisage les représentations du langage intérieur, en art et dans la vie réelle. Monologuer est désormais l’un des deux projets transversaux du CERILAC mais il implique également des chercheurs associés dans plusieurs universités françaises et étrangères. Le programme combine plusieurs facettes : outre les événements scientifiques, plusieurs enquêtes de vie réelle sont menées, notamment auprès de populations en situation de souffrance et/ou de grande précarité. De plus, un projet de création a démarré à la rentrée 2016.

Une collection Monologuer, dirigée par Stéphanie Smadja, existe aux éditions Hermann. Monologuer a reçu en février 2016 le prix Diderot innovation, pour la création d’un outil technologique situé au cœur de son protocole de recherche et adaptable au secteur privé. Enfin, la médaille du Président de la République italienne a été décerné au colloque Parole intérieure et spiritualité, coorganisé par Anna Isabella Squarzina et Stéphanie Smadja, à l’université LUMSA (Rome) les 18 et 19 octobre 2018.

3. Objectifs

Notre objectif est de comparer différents corpus artistiques et des corpus de vie réelle, pour étudier cet objet inaccessible sans médiation, le langage intérieur. Notre point de départ est littéraire et notre discipline socle est la linguistique, mais le programme est très largement interdisciplinaire. De plus, il s’inscrit dans une réflexion plus vaste sur la conscience de soi et l’identité, la spiritualité et l’intériorité, mais aussi les différences interculturelles et la question du « Vivre ensemble ». La comparaison de corpus si différents, à partir d’outils disciplinaires variés, répond à plusieurs enjeux sociétaux fondamentaux, tels que la souffrance, la vunérabilité, les populations immigrées, les représentations interculturelles (Médecins du Monde, France-Asie). Enfin, nous travaillons dans l’optique d’applications sociétales ou thérapeutiques, notamment des troubles du langage intérieur.

4. Structuration

Le programme, coordonné par Stéphanie Smadja, s’articule en quatre aires thématiques (Monologue et Société, Monologue et Réseaux cérébraux, Monologue et Arts, Monologue et Spiritualité), dans une perspective à la fois de recherche fondamentale, de recherche-création et de recherche-action.

Pour plus de détails et pour consulter le programme du Monologuer, PDF iconckiquez ici. (573.35 Ko) 

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